Seuls Guy Mollet et François Mtterrand cumulèrent en principe les deux fonctions. Mais le premier, secrétaire général et leader à usage interne, se garda bien d’être candidat à la présidence, sachant son rayonnement insuffisant. Quant à Lionel Jospin, qui succéda au secrétariat du parti après l’accession de François Mtterrand à la présidence, il éprouva les plus grandes difficultés à imposer ensuite son propre leadership, comme si de s’être identifié à des fonctions partisanes l’avait disqualifié aux yeux d’une partie des Français pour la fonction suprême. On le vit bien.
Les véritables leaders ne sont jamais le produit de l’appareil. Jean Jaurès avait un passé de philosophe et de professeur avant de faire carrière politique. Mieux : élu une première fois à la Chambre des Députés en 1885, il fut un « républicain loyal » (Harvey Goldberg) siégeant au centre-gauche, relativement isolé, et ne s’y affirma socialiste qu’à partir de 1893. Jusqu’à la guerre de 1914, Léon Blum est un critique littéraire « de profession et de vocation », redécouvreur de Stendhal et proche de Barrès jusqu’à l’affaire Dreyfus ; militant socialiste à ses heures perdues, c’est l’assassinat de Jaurès en juillet 1914 qui fait de lui, à partir de 1917, un militant politique, et au congrès de Tours (décembre 1920) le chef venu d’ailleurs des socialistes, refusant l’adhésion à l’Internationale communiste. Quant à François Mitterrand, il fut de nombreuses fois ministre de centre-gauche (UDSR) sous la IVe. Ses fiançailles avec le socialisme furent encore plus soudaines que celles de Nicolas Sarkozy avec Carla Bruni. Entré au congrès d’Epinay (1971) sans même la carte du parti, il en ressortit premier secrétaire quatre jours plus tard. C’est donc avec des intellectuels bourgeois à la vaste culture, à l’humanisme ouvert sur le monde que le Parti socialiste est véritablement lui-même et voit la gauche tout entière se reconnaître en lui. Pour être le leader du PS et le chef de la gauche éternelle, il faut avoir quelque chose de Victor Hugo. La mère de Romain Gary croyait dur comme fer que les Français avaient fait du grand écrivain leur président de la République. A l’inexactitude historique près, n’avait-elle pas profondément raison ? Car enfin, si un président de gauche n’a rien du magistère moral et de l’imaginaire spirituel de l’auteur des « Contemplations » et des « Misérables », alors, en effet, pourquoi pas Sarkozy ?
A cause de la décourageante mesquinerie qui marque toute la vie actuelle du Parti socialiste, voyez ses électeurs loucher à droite vers Bayrou, à gauche vers Besancenot.
Au diable donc les universités d’été ! Et puis, quelle drôle d’idée les partis se font-ils de l’université pour avoir baptisé ainsi le concours annuel de croche-pattes, de serments d’ivrogne et de baisers Lamourette qu’ils organisent au retour des bains de mer !
Les socialistes n’auront bientôt plus en commun que le souci d’empêcher l’un d’entre eux de s’affirmer. Le spectacle de grenouilles qui ne veulent pas de roi n’est pas de nature à remobiliser les troupes. J’ai bien peur que rien de ce qui importe à la France, à la gauche, et même au Parti socialiste, ne soit présent à La Rochelle."
Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur |